
L’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) constitue aujourd’hui l’une des menaces majeures pesant sur les aires de conservation au Cameroun. Si elle représente une source de revenus pour de nombreuses communautés, son développement incontrôlé dans les espaces protégés met en péril la biodiversité, les écosystèmes et la cohésion sociale. C’est dans ce contexte que l’association Forêts et Développement Rural (FODER) a organisé, le 09 décembre 2025 à Garoua, un atelier multi-acteurs consacré à la légalité minière et à la gestion des artisan(e)s minier(e)s dans les aires de conservation, avec un accent particulier sur le Parc National de la Bénoué (PNB).
Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Renforcement de l’engagement des Acteurs Locaux dans la Gouvernance des Ressources Naturelles dans le Septentrion Cameroun (REAL-GRNS) », qui vise à promouvoir une gouvernance inclusive, concertée et durable des ressources naturelles.
Une pression minière persistante sur le Parc National de la Bénoué
À l’issue des présentations techniques, des travaux de groupe et des discussions en plénière, les participants ont dressé un constat préoccupant : l’exploitation minière artisanale demeure active et en hausse dans certaines aires protégées et zones périphériques du Parc National de la Bénoué.
Les échanges ont mis en évidence :
- la persistance de sites d’orpaillage illégaux à l’intérieur et autour du parc ;
- l’ampleur croissante des impacts environnementaux sur les écosystèmes, la biodiversité et les ressources en eau ;
- les conséquences sociales et économiques sensibles des opérations de déguerpissement sur les moyens de subsistance des communautés riveraines ;
- les limites de la collaboration intersectorielle entre les administrations concernées, notamment le MINFOF, le MINMIDT et le MINEPDED.
Ces défis soulignent la complexité de la problématique, à la croisée des enjeux de conservation, de légalité minière et de développement local.
340 hectares détruits : un chiffre qui cache une réalité plus grave
Une étude de référence réalisée par FODER révèle que plus de 340 hectares de forêts et de savanes protégées ont été détruits entre 2003 et 2024 dans le Parc National de la Bénoué et la Zone Clé de Biodiversité de Tchabal Mbabo.
Si ce chiffre peut paraître relativement faible au regard de la superficie totale du parc, il ne reflète pas l’ampleur réelle des dommages. L’EMAPE ne s’étend pas au hasard : elle s’infiltre prioritairement dans les cœurs de biodiversité, des zones écologiquement stratégiques où chaque hectare perdu entraîne des impacts disproportionnés sur l’équilibre écologique régional.
Des impacts en cascade sur les écosystèmes et les communautés
Derrière ces 340 hectares officiellement dégradés se cache une série d’impacts indirects mais durables :
- la pollution des cours d’eau par le mercure et le cyanure utilisés dans les activités d’orpaillage ;
- des fosses minières non refermées, accélérant l’érosion des sols et la destruction des habitats naturels ;
- la perturbation d’espèces emblématiques telles que les éléphants, les lions et les lycaons ;
- une augmentation des conflits humains-faune ;
- un braconnage accru, favorisé par l’afflux de populations autour des sites miniers.
Ainsi, il ne s’agit pas seulement de superficies dégradées, mais bien de centaines d’espèces animales et végétales affectées, et de communautés locales davantage exposées à l’insécurité écologique et économique.
Le dialogue multi-acteurs comme levier de solutions durables
Face à cette situation, l’atelier a mis en évidence la nécessité de solutions équilibrées et concertées, reposant sur :
- le renforcement de la coordination intersectorielle entre les administrations compétentes ;
- une meilleure prise en compte des enjeux sociaux liés aux moyens de subsistance des communautés ;
- l’intégration des acteurs locaux dans les mécanismes de gouvernance et de surveillance des ressources naturelles ;
- la production et l’utilisation de données fiables pour orienter les décisions publiques.



À travers le projet REAL-GRNS, FODER se positionne comme un acteur facilitateur du dialogue, contribuant à rapprocher les institutions, les communautés et la société civile autour d’une vision commune : concilier conservation de la biodiversité, légalité minière et développement local durable.
