De chercheuses d’or à bâtisseuses d’avenir : le parcours de l’AFEGED de Sambolabo

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D’une logique de survie à une logique d’investissement collectif

À Sambolabo, dans une zone où l’exploitation minière artisanale constitue l’une des principales activités économiques, les femmes ont longtemps travaillé de manière isolée. Chacune cherchait à améliorer les conditions de vie de sa famille avec les moyens dont elle disposait, que ce soit à travers l’agriculture ou la recherche artisanale de l’or. Malgré leurs efforts, les revenus restaient limités et les possibilités d’épargne ou d’investissement étaient faibles. Les ressources générées servaient principalement à couvrir les besoins immédiats des ménages et l’absence d’organisation collective limitait les opportunités d’entraide et de développement économique.

Le changement a commencé à prendre forme grâce aux activités de sensibilisation mises en œuvre par Forêts et Développement Rural (FODER), dans le cadre du projet REAL-GRNS financé par l’Union européenne. À travers ces échanges, les femmes ont été encouragées à se regrouper afin de mutualiser leurs efforts, renforcer leur solidarité et développer des initiatives économiques communes. Peu à peu, elles ont compris que les difficultés auxquelles elles faisaient face individuellement pouvaient être mieux surmontées collectivement.

C’est ainsi qu’est née l’Association des Femmes pour la Gestion Durable des ressources naturelles (AFEGED) de Sambolabo. Avec l’accompagnement du projet, un bureau dirigeant a été mis en place pour structurer le fonctionnement du groupe et un système de tontine a été instauré afin de favoriser l’épargne et l’entraide financière entre les membres.

Au fil du temps, l’association a développé plusieurs activités génératrices de revenus, notamment la culture des bananiers plantains, la culture de l’arachide et l’exploitation minière artisanale. Mais au-delà des activités elles-mêmes, le changement le plus important réside dans la nouvelle manière dont les femmes gèrent leurs ressources et envisagent leur avenir.

Avant la création de l’association, chacune travaillait pour son propre compte. Dans les activités minières, chaque femme recherchait l’or individuellement et utilisait les revenus obtenus selon ses besoins immédiats. Les possibilités d’épargne étaient limitées et les investissements productifs demeuraient rares. Aujourd’hui, les revenus générés servent à financer des projets collectifs et des priorités familiales essentielles. Les ressources sont notamment consacrées au développement des activités agricoles, à la scolarisation des enfants et à l’alimentation de la tontine qui permet aux membres de financer progressivement leurs projets.

Les résultats de cette dynamique collective sont déjà visibles. Les femmes ont pu aménager un champ expérimental de bananier plantain d’environ 400 m² et mobiliser les ressources nécessaires pour construire une clôture de protection d’une valeur de 85 000 FCFA. Elles ont également acheté des pesticides destinés à l’entretien de la plantation. Ces réalisations témoignent de leur capacité croissante à planifier, investir et agir ensemble pour améliorer leurs conditions de vie.

Pour la présidente de l’association, Hamatou Dada KOUDI, le principal changement réside dans la force que les femmes ont acquise grâce à leur organisation :

« Avant, nous étions chacune dans notre coin. Quand une femme avait un problème ou voulait lancer une activité, elle devait se débrouiller seule. Nous ne savions pas que nous pouvions nous organiser pour avancer ensemble. Avec les sensibilisations, nous avons compris qu’en nous regroupant nous pouvions nous entraider et économiser. Aujourd’hui, nous avons notre association, notre tontine et nos activités. Quand nous regardons ce que nous avons déjà réalisé ensemble, nous sommes fières du chemin parcouru. »

Un autre membre, Addamari, Secrétaire de l’association souligne l’impact de cette dynamique collective sur sa vie quotidienne :

« Ce qui a changé pour moi, c’est que je ne me sens plus seule. Avant, quand je gagnais un peu d’argent, je l’utilisais immédiatement pour les besoins de la maison et il ne restait rien. Maintenant, grâce à l’association, nous réfléchissons ensemble et nous nous encourageons à épargner. J’ai vu que même avec de petites contributions, nous pouvons réaliser quelque chose d’utile pour toutes. Cela me donne confiance pour l’avenir de mes enfants et de ma famille. »

Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. Les femmes continuent de faire face à un manque d’équipements adaptés pour leurs activités minières. Elles souhaitent notamment disposer d’un détecteur de métaux afin d’améliorer la prospection et d’une balance leur permettant de peser elles-mêmes leur production, réduisant ainsi leur dépendance vis-à-vis des collecteurs. Les méthodes d’extraction restent essentiellement manuelles et nécessitent d’importants efforts physiques, ce qui limite leur productivité.

Cependant, au-delà de ces besoins matériels, les femmes considèrent que le principal acquis du projet est d’avoir appris à s’organiser et à agir collectivement. Ce changement a renforcé leur confiance, leur capacité d’initiative et leur autonomie économique. Là où chacune faisait face seule aux difficultés, elles disposent aujourd’hui d’un cadre de solidarité, d’entraide et d’apprentissage qui leur permet de mieux faire face aux défis économiques et sociaux.

Aujourd’hui, les femmes de l’AFEGED de Sambolabo ne se définissent plus seulement comme des exploitantes minières artisanales ou des agricultrices. Elles se perçoivent comme un groupe organisé, capable d’épargner, d’investir et de construire des projets communs au bénéfice de leurs familles et de leur communauté.

L’histoire de l’AFEGED de Sambolabo montre que lorsque les femmes disposent d’un accompagnement adapté et d’espaces de solidarité, elles deviennent de véritables actrices du changement au sein de leur communauté. Leur parcours illustre comment l’action collective peut transformer des revenus dispersés en investissements productifs, renforcer l’autonomie économique des femmes et faire émerger une vision commune de l’avenir. Plus qu’une association, l’AFEGED est devenue un cadre à travers lequel les femmes de Sambolabo construisent progressivement les bases d’un développement durable et inclusif pour leurs familles et leur communauté.

Encadré : Leçons apprises 1. La sensibilisation constitue souvent le premier levier du changement collectif. Avant l’intervention du projet, les femmes de Sambolabo faisaient face à des difficultés similaires mais ne percevaient pas l’organisation collective comme une solution. Les activités de sensibilisation ont permis de faire émerger une prise de conscience commune et de créer les conditions nécessaires à l’action collective. 2. Les mécanismes simples d’épargne et de solidarité renforcent l’autonomie économique des femmes. La mise en place de la tontine a permis aux membres de développer une culture de l’épargne, de mieux gérer leurs revenus et de mobiliser progressivement des ressources pour financer des activités productives et répondre aux besoins prioritaires de leurs familles. 3. L’organisation collective favorise le passage d’une logique de survie à une logique d’investissement. En mutualisant leurs ressources et leurs efforts, les femmes ont pu réaliser des investissements qu’elles n’auraient pas pu entreprendre individuellement, notamment l’aménagement d’une plantation collective et l’acquisition d’intrants agricoles. Cette dynamique contribue à renforcer leur résilience économique. 4. Le renforcement du pouvoir d’agir est parfois un résultat plus durable que les appuis matériels. Au-delà des réalisations économiques, le principal changement observé réside dans le développement de la confiance en soi, de l’esprit d’entraide et des capacités organisationnelles des femmes. Ces acquis constituent une base durable pour la poursuite de leurs initiatives de développement, même après la fin du projet.  

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