Organisation des artisans miniers en coopératives : Opportunités et défis

  • admin 

Le secteur minier au Cameroun est en particulier artisanal et en pleine effervescence. Il est géré par des hommes, des femmes et enfants au quotidien. Organiser en entreprise minière familiale, 99 % de ces artisans miniers travaillent dans les trous béants du matin au soir pour un rendement très faible. En effet, La production artisanale sur un site ne concerne que rarement plus de la moitié des réserves potentielles. Ces artisans miniers n’ont aucune garantie sur le plan légal de leur activité, ne disposent pas d’autorisation d’exploitation artisanale. Les artisans miniers sont de plus en plus expulsés des exploitations par les opérateurs de la semi-mécanisation. La dépendance des artisans miniers vis-à-vis des collecteurs pour les fonds et la commercialisation et font de mauvaise vente auprès de ces collecteurs. Dans les villages des artisans miniers, on assiste à un spectacle désolant, une paupérisation avancée parce que les artisans vivent au jour le jour.

La vie de la femme et de l’enfant n’est pas restée sans modification devant l’entrée en activité minière de leurs villages. L’abandon par les femmes de leurs occupations habituelles (agriculture, éducation) pour se mettre à la quête de l’or.

Les artisans miniers font preuve d’une véritable incapacité à épargner et à investir le produit de la vente des produits de la mine et cette mauvaise gestion des revenus par les artisans miniers leur rend dépendant auprès des chefs chantiers. Ces artisans travaillent pour rembourser les dettes en contrepartie des petits équipements rudimentaires offert par les chefs chantiers. Du côté de la région de l’Est, dans le département de la Boumba et Ngoko, dans le village Nyabonda, par exemple, en période de petite saison des pluies, les artisans miniers se déplacent de chantier en chantier, munis de leurs marchandises l’idée étant de se livrer au troc entre le minerai et les marchandises de première nécessité. Les artisans miniers se plaignent du manque de matériel de travail ce qui rend d’autant plus la tâche ardue.

Coopérative, outil de développement pour les artisans miniers

Fort de ce constat, pour faire sortir les artisans miniers du cercle vicieux de la pauvreté, il est important de les mettre en coopérative. Elle parait comme une piste adaptée et efficace pour garantir la bonne organisation de leurs activités.  En[1]2016, le ministre des mines en fonction,

Ernest Gwaboubou avait déjà tiré la sonnette d’alarmes pour les artisans miniers « La création des coopératives minières peut permettre aux artisans miniers et communes de la région de l’Est du Cameroun, de mieux organiser et contrôler l’exploitation des ressources se trouvant dans leur sous-sol » avait-il déclaré. C’est dans cette optique que l’association Forêts et Développement Rural (FODER), dans le cadre de la deuxième phase du Projet-Mines, Environnement, Santé et Société (ProMESS 2), a entrepris des actions de regroupement et de structuration.

A la suite de nos actions menées sur le terrain, les artisans miniers accueillent plutôt bien le concept de coopérative minière. Certains artisans miniers, ayant déjà réussi ce regroupement en coopérative apprécient les premiers fruits de la dynamique d’organisation « C’est dans le groupe que nous comprenons qu’il y a plus plusieurs activités rémunératrices de revenu que nous pouvons mener. Avant, nous qui sommes dans la zone minière, pensions qu’en dehors de l’or on ne pouvait plus rien faire. Mais, ensemble nous avons pu analyser nos forces et faiblesses et aujourd’hui, nous voulons embrasser l’agriculture comme une autre de nos activités afin de diversifier nos revenus, car l’or est une ressource qui n’est pas éternelle », révèle Margueritte DIZA, membre au sein du groupe des Femmes Dynamique de Gbanam, village situé à 170 km de la ville de Meiganga. Il est a précisé que le groupe des femmes dynamiques de Gbanam a été créé avec l’appui de FODER en 2019. Depuis sa création, le groupe compte 30 femmes sur 35 membres. Elles mènent les activités de l’or. Et ont diversifié leurs activités en produisant le manioc, la banane plantain et le maïs. Elles ont également instauré des tontine-épargnes au sein du groupe et gère avec transparence. Rappelons qu’elles ont épargné plus de 1 318 250 Fcfa durant douze (12) mois ce qui a permis aux membres de faire des emprunts pour satisfaire leurs besoins (construction et réaménagement de leurs maisons, achats des petits équipements agricoles comme les houes et machettes).

La coopérative, une opportunité pour les artisans miniers

Dans le cadre du projet ProMESS2, les coopératives minières qui sont mise en place ciblent deux objectifs notamment le développement de l’artisanat minier et l’agriculture. Le développement des plantations agricoles par les artisans miniers regroupés en coopérative, permettra de satisfaire à la grande demande en denrées alimentaires dans les chantiers miniers et tout autour des villages environnants résolvant ainsi le problème d’insécurité alimentaire, l’inflation et la rareté des denrées alimentaires.  Ainsi :

  • Sur le plan Institutionnel et organisationnel, la coopérative minière pourra servir d’espace de développement des stratégies et des synergies pour faciliter l’accès des artisans miniers et leur regroupement aux services financiers et/ou non financiers auprès des ONG, et services étatiques. Organisées, les coopératives pourront prétendre à l’obtention de leur propre autorisation d’exploitation artisanale (AEA) afin de s’arrimer à la légalité ;
  • Sur le plan technique, la coopérative va leur permettre d’échanger les informations et expériences pour l’accroissement de la production, la transformation des produits miniers ; et servir de cadre de développement des stratégies pour la pérennisation de leurs activités ;
  • Sur le plan économique, la coopérative participera à l’essor de l’économie sociale et solidaire de par sa vision, son objectif et valeurs qu’elle véhicule. Ainsi, la coopérative servira de cadre de concertation entre artisans miniers pour l’accès facile aux intrants de production, de transformation et de commercialisation des produits issus de leur exploitation minière.
  • Sur le plan social, la coopérative va leur permettre d’assurer la représentation et la défense de leurs intérêts ; servir d’outil de coordination et de contrôle de qualité des activités des artisans membres.

Déjà au cours de la deuxième année de la phase 2 du ProMESS, l’on a pu obtenir de certaines coopératives la diversification de leur activité « La mise sur pied de notre coopérative nous a permis de diversifier nos activités à travers la production de la banane plantain, le manioc, la tomate et la morelle noire et par ricochet améliorer nos revenus. Ces revenus nous ont permis d’envoyer nos enfants à l’école, construire des maisons, résoudre nos problèmes personnels sans attendre nos maris » affirmait HAPSATOU Hadjamattou, présidente de la coopérative simplifiée de Kombo Laka, village situé dans le département du Mbéré au cours d’une réunion tenue par l’équipe de FODER. Notons que cette coopérative a été mise sur pied avril 2019 sous l’accompagnement du FODER et comporte 17 membres dont 14 femmes.

La coopérative, un challenge à relever pour les artisans miniers

En dépit de tout cela, la réforme des artisans miniers traditionnels à se regrouper en coopérative est un défi majeur. Une coopérative est une entreprise qui fournit des services à ses membres. Les coopératives se heurtent fréquemment à des contraintes de budget et de capacité les empêchant de fournir tous les services requis par les membres. La satisfaction des membres est un paramètre très important pour entretenir leur engagement. Les coopératives doivent prendre des décisions stratégiques au sujet des services à fournir. Ainsi, faudra d’abord travailler sur les mentalités ; disloquer les entreprises familiales pour une entreprise professionnelle légalement reconnue.

Par Martin Antonio TAKOU

Ingénieur Agronome, Responsable Coopératives à Forêts et Développement Rural (FODER)

Ce travail est réalisé dans le cadre de la phase 2 du « Projet Mines-Environnement- Santé et Société » (ProMESS2),

Ce projet est mené avec l’appui financier de l’Union Européenne, mais le contenu de cet article ne reflète que l’opinion de l’association Forêts et Développement Rural (FODER).


[1] Déclaration tirée du journal « Investir au Cameroun » parue le 14 décembre 2017 dont le titre est : Les maires de l’Est-Cameroun invités à créer des coopératives minières pour une meilleure gestion de leurs ressources

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *