Les feux de brousse: Un véritable calvaire pour les agriculteurs de l’arrondissement de Ngambe-Tikar

L’arrondissement de Ngambè-Tikar, d’une superficie de 7200 Km2 est essentiellement agricole. Premier producteur de maïs et du concombre dans le Département du Mbam et kim, il regorge des terres fertiles propices à la culture du cacao, de la banane plantain, du piment, du concombre etc. par les tikars. L’arrondissement est également peuplé de Bororo à majorité éleveurs de bétail et des populations autochtones Bedzang. Exception faite des Bedzang qui ne pratiquent pas l’agriculture à grande échelle, les 02 autres habitants (Tikars et Bororo) ont recours et ceci chaque année aux feux de brousse et de forêt qui sont les principales causes de la dégradation des paysages forestiers dans l’arrondissement.
Les Tikars agriculteurs allument les feux de brousse pour détruire les herbes et arbustes et avoir ainsi de vastes espaces pour la culture du maïs, des arachides, du manioc et du concombre tandis que les éleveurs Bororo les allument pour avoir de nouveaux pâturages pour leur bétail. Ces feux incontrôlés ne consument pas seulement les herbes mais vont au-delà et détruisent complètement les cultures comme le cacao, le piment, le macabo, la banane plantain, le manioc etc. 

Les feux de brousse et de forêt constituent donc la principale cause de déforestation et de perte du couvert forestier dans l’arrondissement de Ngambè-Tikar. Ils impactent négativement sur les moyens de subsistance des populations dépendantes des forêts, en détruisant leurs cultures de rente et en affaiblissant éminemment leurs revenus. C’est le constat fait par l’Association Forêts et Développement Rural (FODER) dans le cadre du projet « intégrer le suivi communautaire en temps réel pour maintenir les moyens de subsistance et les forêts en Afrique centrale et de l’Ouest » (RTM2) mis en œuvre au Cameroun en partenariat avec RFUK. Malheureusement, il n’existe à date aucun mécanisme mis en place pour réduire ou éviter les feux de brousse dans l’arrondissement ; les agriculteurs assistent souvent impassibles à la consumation de leurs cultures.
Selon le responsable du GIC des agriculteurs de l’Arrondissement de Ngambè-Tikar, « les agriculteurs perdent chaque année entre 2 à 10 hectares de plantations évaluées entre 50 à 100 millions de francs CFA du fait de la destruction des plantations de Cacao, de banane plantain, macabo, du manioc et de piment par les incendies » il ajoute « un feu de brousse une fois allumé peut parcourir des kilomètres à la faveur du vent ; souvent même celui qui allume le feu est incapable de l’éteindre et c’est souvent difficile d’identifier ou de déterminer la survenance ou l’auteur d’un feu de brousse » .
La loi forestière du 20 Janvier 1994 portant régime de forêts de la faune et de la pêche dispose en son article 14. Alinéa (1) : « Il est interdit de provoquer, sans autorisation préalable, un feu susceptible de causer des dommages à la végétation du domaine forestier national ». Aussi l’alinéa (3) du même article précise que : « L’autorisation d’allumer les feux précoces dans les zones de pâturage est délivrée par l’autorité administrative locale, conformément à l’arrêté du préfet… » plus clair est l’alinéa (4) qui dispose : Nonobstant l’autorisation de l’autorité administrative visée au (3) ci-dessus, toute personne ayant allumé un feu doit rester sur les lieux jusqu’à ce que ce feu soit complètement éteint. Elle doit, en outre, prendre toute disposition afin d’éviter que ledit feu ne se propage au-delà du terrain concerné ».

Recommandations
Afin de lutter contre les feux de brousse à Ngambè-Tikar FODER recommande :
1. La mise en œuvre de l’Article 7 du décret d’application de la loi de 1994 qui dispose en son alinéa (1) que : « Dans le cadre de la prévention contre le feu, les autorités administratives locales, l’administration chargée des forêts et les Maires des communes doivent, avec le concours des communautés villageoises, créer des équipes de surveillance et des centres de lutte contre les feux de brousse. Ce dispositif permet également à l’autorité administrative locale de réquisitionner toute personne en vue d’éteindre un incendie déclaré dans un massif forestier (alinéa 2 de l’article 07 du décret d’application de la loi de 1994.
2. Organiser des campagnes/produire des supports de sensibilisation des populations de Ngambè-Tikar sur l’impact négatif des feux de brousse sur leurs activités agricoles ;
3. Informer les populations de Ngambè-Tikar sur les dispositions de la loi forestière de 1994 et son décret d’application notamment le régime des sanctions en cas d’allumage d’un feu qui détruit le couvert forestier ;
4. Appuyer la Mairie de Ngambè-Tikar dans la mise en place et l’équipement en matériels d’alertes (téléphones portables) des équipes de surveillance et d’extinction des incendies ou feux de brousse et de forêts ;
5. Former les agriculteurs sur les techniques de prévention et de lutte contre les feux de brousse et de forêt ;
6. Informer et former les agriculteurs sur de nouvelles techniques culturales d’abattage des champs autres que les incendies ou proposer des alternatives à l’agriculture itinérante sur brûlis.


Par Thierry KAMWA

3 commentaires sur “Les feux de brousse: Un véritable calvaire pour les agriculteurs de l’arrondissement de Ngambe-Tikar”

  1. Après la création des centres de lutte contre les feux de brousse, quel organisme sera responsable du fonctionnement de ce dernier ? Notamment l’apport financier.
    Ou encore comment les centres sont censés obtenir des fonds pour le fonctionnement de ces derniers ?

    1. C’est la mairie de ngambe Tikar qui est sensée créer et faire fonctionner les centres avec le budget de la commune. Le maire peut aussi mettre à contribution les associations des agriculteurs et éleveurs qui sont les premières victimes de ces feux.

  2. Il est urgent que des actions fortes soient menées par l’ensemble des acteurs locaux (agriculteurs, éleveurs, l’exécutif municipal, les sectoriels) en partenariat avec les OSC active dans ce domaine)

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