L’interdiction des attestations ou certificats d’abandon des droits coutumiers délivrés par les chefs traditionnels une aubaine pour résoudre le problème de l’étroitesse des zones agroforestières des paysans et paysannes de l’arrondissement de Ngambé-Tikar

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La lettre circulaire n’001/CAB/MINDCAF/LC du 02 février 2022 [1]portant interdiction de reconnaissance et l’admission par les services relevant du ministère des domaines, du cadastre et des affaires foncières (MINDCAF), des documents intitulés « Attestations ou certificats d’abandon des droits coutumiers » délivrés par les chefs traditionnels et censés ouvrir la voie aux procédures d’immatriculation directe ou de concession provisoire a été accueillie avec une énorme fierté par les populations/paysans de l’arrondissement de Ngambé-Tikar, dans le Département du Mbam et Kim, Région du Centre.

En effet, l’arrondissement de Ngambé-Tikar, d’une superficie de 7200 km2est le plus grand bassin de production du maïs dans le département du Mbam et Kim, région du centre. En raison de la fertilité de ses sols, plusieurs hectares de terres sont convoités, cédés [2]et ce chaque année aux allogènes pour la culture du maïs. Des certificats d’abandon de droits coutumiers sont alors signés et délivrés par les autorités traditionnelles ou les représentants des collectivités coutumières. Ces cessions anarchiques des terres rétrécissent les espaces agroforestières des populations et privent les paysans et paysannes de l’arrondissement des espaces fertiles. Par voie de conséquence, les paysans sont souvent obligés de mener leurs activités agricoles dans des couloirs de forêt souvent appauvris en terres fertiles, en essences forestières et en espèces animales. Aussi, l’attribution dans cette localité de plusieurs titres d’exploitation forestière notamment : 3 UFA (08003, 08004, 08005) et 6 Ventes de coupe (0804920,0804369,0804424,0804423,0804421,0804422) a davantage réduit les espaces cultivables par les communautés dépendantes des forêts et affaibli éminemment leur chance de pouvoir obtenir des forêts communautaires nécessaires à leur développement et leur implication dans la gestion des ressources naturelles.  Cette lettre circulaire sonne ainsi le glas aux ventes illégales de terres et à la délivrance des certificats d’abandon de droits coutumiers qui désormais ne seront plus acceptés dans les services du MINDCAF. Ce qui facilitera la protection et la valorisation des domaines publics et privés de l’Etat.

On comprend donc la joie et la fierté des paysans/paysannes de l’arrondissement de Ngambé-Tikar tant il est vrai que cette lettre circulaire va résoudre plusieurs problèmes nés de ces ventes illégales de terre : 1) elle va résoudre le problème de l’étroitesse des zones agroforestières des paysans et paysannes de l’arrondissement de Ngambé-Tikar pour la plupart contraints à profiter des restes de forêts après les cessions aux allogènes des terres plus accessibles et plus fertiles. 2) elle va lutter contre l’exploitation forestière illégale car très souvent les achats de terres n’ont pas seulement des fins agricoles mais sont aussi des opportunités d’exploitation des ressources forestières ligneuses sans autorisation avec la complicité des exploitants véreux attributaires ou non des titres dans la localité.3) réduire la déforestation et la dégradation des forêts et par ricochet les effets du changement climatique car les techniques culturales ( agriculture itinérante sur brûlis) utilisées pour abattre ces milliers d’hectares de forêt  afin de mettre en place de vastes plantations de maïs et de pistaches sont à « fort risque de déforestation ». C’est ainsi que plusieurs hectares de forêt volent en éclat chaque année consumés par les feux de brousse pour la production de ces précieux sésames.

Il convient de souligner que le suivi rigoureux du respect de cette lettre circulaire au niveau local reste indispensable non seulement pour la protection de l’intégrité des massifs forestiers de Ngambé-Tikar, mais surtout pour garantir aux communautés dépendantes des forêts la jouissance des terres et des forêts et par ricochet empêchera que le phénomène de « paysans sans terre » ne puisse prospérer et mettre à mal la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations dépendantes des forêts dans l’arrondissement de Ngambé-Tikar.

Aussi FODER pense que pour l’efficacité de cette mesure il est important :

  • D’encourager le développement effectif des forêts communautaires. Pour cela, il est plus que nécessaire de repenser le concept de FC avec un accent sur la conservation de la biodiversité et le développement en priorité des AGR faisant ainsi de l’exploitation de bois une activité secondaire. Il est de plus en plus évident que l’attribution des forêts communautaires reste la principale solution, sinon pour impliquer significativement les communautés forestières dans la gestion des ressources naturelles, du moins pour réduire le phénomène d’exploitation sans autorisation (par les entreprises attributaires des titres d’exploitation, les élites et certains individus) dans les forêts du domaine national qui est légion dans l’arrondissement de Ngambé-Tikar.
  • De réduire la superficie des concessions attribuées aux entreprises forestières notamment les Unités Forestières d’Aménagement. Ce qui un tant soit peu permettra de libérer assez d’espaces aussi bien pour les activités agricoles des populations que pour les forêts communautaires. Ceci contribuera à réduire le phénomène d’intrusion des populations dans les UFA pour des activités agricoles.

Auteur : Thierry Kamwa ; Facilitateur-Animateur ; projet RTM2 Date d’édition : Février 2022.

Les informations relatives à cette problématique, ont été collectées dans le cadre du projet « suivi communautaire des forêts en temps réel pour maintenir les moyens de subsistance et les forêts en Afrique centrale et de l’Ouest » (projet RTM2) mis en œuvre au Cameroun par FODER avec l’appui financier de RFUK à travers FCDO.


[1] 02 lettres circulaires n’001/CAB/MINDCAF/LC du 02 février 2022 et N°0002/LC/MINDCAF/SG/D1/D12 du 02 février 2022 ont été prises en application de deux programmes gouvernementaux placés sous la houlette du MINDCAF à savoir le programme de protection et de valorisation des Domaines publics et privés de l’Etat (066) et le programme d’Optimisation de la gestion des affaires foncières (068).

[2] Plus de 1000 hectares de terres ont été cédés à un allogène à Gah(voir rapport de dénonciation du président des jeunes de Gah du 20 janvier 2022) ; ce phénomène est observable dans tous les autres canton ( Nditam, Kong, Ngambé-Tikar où des milliers d’hectares sont cédés aux allogènes chaque année).

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