La filière PFNL mise en mal par la COVID 19 dans la région de l’EST Cameroun

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D’après la FAO, les Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) désignent des biens d’origine biologique autres que le bois, provenant des forêts, d’autres terrains boisés ou provenant d’arbres hors forêts (FAO, 1999). Les PFNL revêtent une double importance pour les communautés locales et autochtones riveraines des titres forestiers. Ils constituent l’une des sources de revenus les plus importantes et font partie de nombreux produits entrant dans l’alimentation, la pharmacopée, la construction, l’artisanat pour les populations rurales.

Par ailleurs, les communautés locales et autochtones notamment celles de la région de l’Est Cameroun impliquées dans la collecte des PFNL n’échappent aux effets de la pandémie de la COVID 19 qui a contribuée à éloigner d’avantage les acheteurs des PFNL des collecteurs locaux. Afin de mieux analyser l’impact de la COVID sur la filière PFNL, une enquête a été effectuée par FODER dans le Haut-Nyong auprès des communautés locales. L’enquête a été réalisée dans le cadre du projet « intégrer le suivi communautaire pour soutenir les moyens de subsistance et les forêts en Afrique centrale et de l’Ouest » (RTM 2). Environ Quinze ménages choisis aléatoirement dans les communauté cible du projet RTM2 ont répondus à quelles que questions du Facilitateur Animateur chargé de la zone.

Les acteurs locaux impliqués dans la chaine de valeur des PFNL

Les entretiens réalisés auprès des cibles ont permis de comprendre que, les principaux acteurs qui interviennent dans la chaine de valeur des PFNL dans la région de l’Est Cameroun plus précisément le département du Haut-Nyong sont les collecteurs, les acheteurs, l’administration forestière et les ONG (GIZ). Les collecteurs sont chargés de cueillir, ramasser et stocker les produits retrouvés dans les forêts. Les acheteurs sont essentiellement les commerçants de PFNL qui vont jusque dans les villages afin d’acheter les quantités de PFNL collectées. L’administration forestière notamment les Chefs de poste de contrôle forestier et de chasse jouent un rôle important dans cette filière car ils sont chargés de la délivrance des certificats d’origine au cas où l’activité menée serait à but lucratif. La filière regroupe toute les catégories sociales au niveau locale. On y retrouve les hommes, les femmes, les jeunes. Les femmes seraient les plus impliquées dans cette activité avec une tranche d’âge variant entre 10 et 45 ans.

Les types de PFNL collectés et commercialisé

Les types de PFNL Collectés et commercialisés sont par ordre d’importance : le Maobi (Baillonella toxisperma) 40%, la mangue sauvage (Irvingia gabonensis) 32%, le Djanssang (Ricinodendron heudeulotii) 15%, le Koko (Gnetum africana) 8% et les écorces du bitter cola (Garcinia kola) 5%. Ces résultats montrent que le degré d’exploitation dépend de l’abondance des PFNL en forêt et de l’usage qu’en font les communautés locales. Ainsi, le Maobi donne des fruits qui transformés localement, permettent de produire du « beurre de karité ». Cette essence est malheureusement menacée par l’exploitation forestière illégale. Cette exploitation abusive du Moabi est due à la valeur commerciale de son bois au niveau des marchés nationaux et internationaux. Les exploitants forestiers préfèrent généralement abattre les Moabi pour leur bois, oubliant la valeur sociale qu’apporte cette essence aux communautés locales et peuples autochtones. Une telle exploitation compromet la durabilité de l’essence mais aussi réduit les services sociaux qu’apporte cette essence pour les populations.  

La mangue sauvage (Irvingia gabonensis) est souvent utilisée dans le domaine culinaire comme condiment et épaississant des sauces de même pour le Djanssang.  Le bitter cola (Garcinia kola) quant à lui est une essence dont les racines et les écorces sont utilisées pour la fermentation du vin de palme ou de raphia. Les prélèvements par arrachage des racines et par écorçage n’assurent pas la durabilité de cette essence. Pour Sa Majesté MPINE Ephraïm, Chef du village Messock: « Nos forêts regorges d’énormes richesses que nous n’arrivons pas à exploiter entièrement. Les produits forestiers non ligneux sont abondants. Bien valorisés et gérés, ils contribuent à survenir aux besoins financiers des familles chez nous à Messok. Mais nous ne sommes pas outillés à la collecte durable des PFNL ».

Facteurs limitant

D’après les communautés interviewer, la filière PFNL n’est plus assez rentable comme dans le passé. Les revenus générés par ménage se situaient entre 30000-100000 FCFA par mois.  Avec l’arrivée de la pandémie du Coronavirus, ce chiffre serait passé de à 5000 FCFA en moyenne par ménage par mois. Les raisons étant que les acheteurs sont de plus en plus rares. Ces derniers qui se déplaçaient des zones urbaines pour les campagnes n’arrivent plus à le faire car pour la plupart d’entre eux, leurs marchandises étaient destinées aux pays de la sous-région Afrique centrale notamment le Gabon, le Congo et la Guinée. Avec les fermetures des frontières dues au COVID 19, il devient difficile découler les quantités achetées.

Mme AMPEA Marthe, Leader communautaire et collectrice de PFNL à Eschiambor l’affirme en ces termes : « Le CORONA nous a beaucoup ralenti dans la vente locale des produits forestiers non ligneux. Nous n’arrivons plus à vendre notre huile de Moabi comme dans le passé. Pour ce qui est des mangues sauvages et des rondelles, les commerçant Bamoun nous préfinançaient pour que nous allions camper en forêt afin de ramasser les fruits. Mais depuis l’arrivée de CORONA, on ne les voit plus… ». Ceux des acheteurs qui arrivent dans les communautés, imposent des prix dérisoires. La mesurette de 2 L de Djanssang, qui coutait 2500 FCFA dans le passé coute actuellement 1000 FCFA, prix imposé par l’acheteur. Le litre de « beurre de karité » qui coutait 2000 FCFA, revient à ce jour à 1000 FCFA. Des prix qui contribuent à handicaper la filière PFNL et porter un cout aux moyens de subsistance des communautés locales et autochtones dans le département du Haut-Nyong. Au chapelet de ces obstacles, s’ajoutent ces facteurs qui limitent la rentabilité et empêchent un fonctionnement optimal de la filière :

  • La dégradation des forêts due à l’exploitation illégale et non durable des ressources forestières ;
  • L’utilisation des techniques de collecte traditionnelles non durables ;
  • La faible valorisation des PFNL pourtant très diversifiés dans les forêts de l’Est Cameroun ;
  • La faible structuration des collecteurs (trice) de PFNL ;
  • La concurrence déloyale due à l’attribution des autorités spéciales de collecte et d’achat avec exclusive délivrée par le Préfet du Haut-Nyong à certains commerçants ;
  • La saisonnalité et la variabilité annuelle de la production fruitière ;
  • L’absence des technologies appropriées de conservation, transformation et conditionnement;
  • L’enclavement de certaines zones dans le département et le mauvais état des routes.

Si la collecte des PFNL constitue un moyen efficace de lutte contre la pauvreté en milieu rural pour les communautés locales et autochtones, elle fait également partir du droit d’usage reconnu aux communautés riveraines des titres forestiers. Ces derniers sont habilités à prélever de la forêt tous les PFNL, à l’exception des essences protégées et de ceux interdits par les textes normatifs. A cet effet, l’exercice du droit d’usage peut être réglementé ou restreint dans les forêts domaniales (Cf. art. 8 et 36 loi de 1994 portant régime des forêts, de faunes et de la pêche). Aussi, des actions de l’Etat et des ONG visant la promotion de la filière PFNL en période de COVID 19 sont à encourager. De ce fait, toute personne désireuse de faire de la collecte et la commercialisation des PFNL devrait au préalable demander un permis de collecte au Ministère des forêts et de la Faune (MINFOF).

Article proposé par : GUY SAM BELOUNE, FA RTM2 Cette article est produit dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Suivi communautaire des forêts et temps réel pour maintenir les moyens de subsistance et les forêts en Afrique Centrale et de l’Ouest » (projet RTM2) mis en œuvre au Cameroun par FODER et RFUK, financé par FCDO.

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