Le plaidoyer communautaire au secours d’une école sinistrée dans le département de la Kadey : Cas de l’Ecole Publique d’Ambanga dans l’arrondissement de Batouri

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L’Ecole Publique d’Ambanga connait une augmentation de 700% du nombre de filles scolarisées entre 2018 et 2020.

Les membres de la communauté d’Ambanga ont été formés au mois de février 2019 sur le plaidoyer communautaire, les droits et obligations des communautés dans la gestion des ressources forestière par l’association Forêts et Développement Rural (FODER). Cette activité de renforcement de capacité, était organisée dans le cadre du projet « Intégrer le suivi communautaire en temps réel pour maintenir les moyens de subsistance et les forêts en Afrique centrale et de l’Ouest » (projet RTM2) qui,vise à réduire les illégalités dans le secteur forestier en augmentant la participation des communautés locales grâce à des technologies accessibles. Au terme de cette activité, la communauté d’Ambanga a élaboré un plan de plaidoyer communautaire pour amener le maire de Batouri à leur verser les 30% dus pour le compte des revenus issus de l’exploitation de la forêt communale ; conformément à l’arrêté conjoint n° 076/MINATD/MINFI/MINFOF du 26 juin 2012 fixant les modalités de planification, d’emploi et de suivi de la gestion de la part des revenus de l’exploitation forestière destinés aux communautés villageoises riveraines.

Au mois de juin 2019, la communauté d’Ambanga par le biais de son leader communautaire a introduit une requête à la mairie de Batouri, accompagnée d’un microprojet pour la construction de deux salles de classe équipées en table bancs et tableaux noirs. Ainsi, après la seule injonction de monsieur le préfet sortant du Département de la Kadey, le maire sortant de la commune de Batouri, a convoqué 8 communautés[1] riveraines des assiettes annuelles de coupe (AAC) 1 et 2 en vue de communiquer et verser aux communautés bénéficiaires les montants dus, pour la mobilisation des 30% comptant pour l’exploitation de l’assiette annuelle de coupe n°1 (AAC1) ; soit un montant de trois million six cent mille francs CFA (3.600.000 FCFA) par communauté.  Mais la communauté d’Ambanga contre toute attente a pu bénéficier seulement de la construction d’une seule salle de classe en matériaux provisoires sans table-blanc. En somme, la construction de la salle de classe aurait couté près de 500000FCFA à la commune de Batouri. Un solde de 1.300.000FCFA serait encore retenu dans les caisses de la mairie de Batouri. Le maire sortant aurait déclaré au cours de la réunion qu’il a organisé avec tous les chefs des 8 villages riverains, qu’il allait fournir par la suite 40 tables-bancs (Montant estimé : 320000FCFA) à l’école publique d’Ambanga deux semaines après la livraison de la salle de classe. Ce qui n’a pas encore été réalisé à ce jour. Tout compte fait, la communauté d’Ambanga avait souhaité avoir deux salles de classe construites en matériaux définitifs.

Crée depuis les années 2000, l’école publique d’Ambanga est située à près de 23 kilomètres du centre-ville de Batouri. Cette école a connu un effectif total de 12 élèves tous les niveaux confondus, pendant l’année scolaire 2018-2019, soit 07 garçons et 05 filles. L’école publique d’Ambanga est une école à cycle complet comprenant les niveaux 1, 2 et 3 (SIL et CP ; CE1 et CE2 ; CM1 et CM2). La construction cette nouvelle salle de classe, bien que construite en matériaux provisoires a tout de même été à l’origine d’un boum d’inscription des élèves à l’école publique passant ainsi de 12 élèves en 2019 à 65 élèves (30 garçons et 35 filles) en mars 2020, soit un taux d’augmentation général de 542% pour une augmentation de 700% de filles.  Soit plus de jeunes filles scolarisées que de garçons grâce à cette nouvelle salle de classe. En dehors du manque d’infrastructure, l’école publique primaire d’Ambanga souffre d’un manque d’enseignants. Monsieur YOPANG Séraphin, président de l’Association des Parents d’Elèves et des Enseignants (APEE) de l’école publique primaire d’Ambanga, déclare à ce sujet : « Nous sommes une communauté délaissée par l’administration et la mairie de Batouri. Cette année est spéciale pour notre école. Notre école existe depuis une vingtaine d’années et depuis lors nos enfants fréquentent dans des conditions déplorables. Nous admirons même les enseignants qui sont affectés dans cette école. Grace aux hommes que FODER a formés au plaidoyer, nous avons pu réaliser l’impossible. Nous n’avons jamais imaginé recevoir un appui pareil.  A ce jour, les parents sont engagés à envoyer leurs enfants pour fréquenter dans notre école. Tous les enfants allaient fréquenter à Dem2 ou à Nguémo, les écoles voisines. Et là-bas ils ne bénéficiaient pas d’un bon encadrement. Nous attendons désormais que la mairie Batouri nous fournisse les tables-bancs et tableaux noirs qu’il avait promis deux semaines après la livraison de la salle de classe. C’est de notre droit, nous ne demandons pas une faveur. Aussi nous demandons à l’Etat du Cameroun de penser aussi à nous dans la construction des salles de classe. »

Le village Ambanga est une communauté peuplée par les Kako, les Baya et les populations autochtones Bororo. Selon les informations reçues auprès du leader communautaire, la population totale du village est estimée à près de 500 habitants.

Les populations locales vivent essentiellement de l’agriculture comme source de revenus économiques. Elles cultivent notamment la banane plantain, le manioc et les ignames. Les populations Bororo quant à elles sont actives dans l’élevage des bœufs et des moutons.

Ambanga est l’un des villages riverains de la forêt communale de Batouri qui est en exploitation depuis 2017 par la société DINO ET FILS.  Le village ne connait pas d’activité minière.

Et, en dépit du fait que le village soit riverain à la forêt communale de Batouri, les membres de cette communauté n’ont jamais perçu depuis 2018 la quote-part due aux communautés riveraines pour leur développement local et issu des 30% des revenus générés de l’exploitation de la forêt communale.

Ce travail est réalisé dans le cadre du projet « Intégrer le suivi communautaire en temps réel pour maintenir les moyens de subsistance et les forêts en Afrique central et de l’Ouest » (projet RTM2), qui est mené en partenariat avec le Rainforest Foundation UK.

Par François MEDJO et Christiane ZEBAZE H.


[1] Ambanga, Djira2, Dem2, Kambele3, Kambele2, Kambele1, Narke2 et Narke1

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