Hausse des températures moyennes et des concentrations de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, élévation du niveau de la mer sont autant de préoccupations climatiques actuelles. Selon les prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la concentration en CO2 aura doublé par rapport à l'ère préindustrielle entrainant une élévation de la température de la Terre de 3°C en moyenne d'ici à 2100.

Les parties à la Convention cadre des nations unies sur les changements climatique (CCNUCC) se sont engagés à limiter l’élévation de la température mondiale à 1,5°. Pour atteindre cet objectif plusieurs Etats ont pris des engagements de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Importance des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique

Les forêts jouent un rôle important dans la stabilisation du climat. Elles séquestrent le dioxyde de carbone (CO2) émis dans la nature. Or le CO2 est l’un des principaux gaz dont la concentration dans l’atmosphère provoque l’effet de serre et le réchauffement climatique. La déforestation et la dégradation des forêts provoquent ainsi l’émission dans l’atmosphère du CO2 séquestré et la perte des autres services environnementaux fournis par les forêts en l’occurrence la séquestration du CO2 émis par les activités humaines qui découlent de la modernité.

La lutte contre le changement climatique ne saurait désormais être réalisée sans adresser les causes de la déforestation. Il s’agit entre autres l’exploitation forestière illégale qui elle-même résulte de la faible application de la loi, de la qualité de la gouvernance et de la coordination des politiques sectorielles en lien avec les forêts.

De nombreux processus relatifs aux forêts et visant directement ou indirectement la lutte contre le changement climatique sont facilités ou mis en œuvre par les pays partie à la CCNUCC et à l’Accord de Paris. Il s’agit notamment des processus de a) réduction des émissions causées par la déforestation et la dégradation des forêts, renforcement des stocks de carbone, conservation et gestion durable (REDD+), b) application des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux des bois et produits dérivés (FLEGT), et c) Contributions déterminées au niveau national (CDN) auxquels viennent s’ajouter les Objectifs de développement durable (ODD) dont les objectifs 12 (consommation et production responsable), 13 (mesures relatives à la lutte contre le changement climatique), 15 (vie terrestre) et 16 ont un lien avec les forêts. Or ces différents processus ne sont malheureusement pas encore suffisamment coordonnés pour garantir l’efficacité de l’action climatique au niveau mondial.

La coordination des initiatives sur les forêts, une opportunité pour l’efficacité de l’action climatique mondiale

Le renforcement de l’action climatique est fortement tributaire de la coordination des politiques concernant ou affectant les forêts. FLEGT, REDD+ et les CDN visent ont des objectifs complémentaires voire similaires relativement à la réalisation de l’agenda climatique via les forêts. En effet FLEGT en luttant contre l’exploitation illégale et le commerce associé contribue à réduire la déforestation et la dégradation forestière qui sont les causes d’émissions de C02 que le processus REDD+ entend adresser. Les Etats ont pris des engagements en termes de réduction des émissions dans le cadre de leurs CDN. La forêt y joue un rôle déterminant. Elle représente par exemple pour le Cameroun 9% de l’objectif global de 32%. Mais la majorité des CDN des pays engagés dans le FLEGT ne font pas mention des contributions de cet instrument à l’atteinte des objectifs de réduction d’ici 2030. Le cloisonnement des processus fait perdre les opportunités de renforcement d’un processus par un autre.

Alors que la plupart des pays sont dans la phase de révision de leur CDN, il est important de les mettre en synergie avec initiatives FLEGT, REDD+ et autres initiatives sur les forêts telle que l’Initiative de restauration de 100 millions d’ha d’espaces déforestés ou dégradés en Afrique d’ici 2030 (AFR100). Les CDN des pays engagés dans la négociation, la préparation ou la mise en œuvre d’un accord de partenariat volontaire pour l’application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux de bois et produits dérivés (APV FLEGT) devraient clairement relever comment le FLEGT contribuera à l’atteinte des engagements pris en termes de réduction des émissions. Un accent sur le renforcement de la gouvernance notamment par une plus grande transparence et participation des acteurs, la coordination des politiques sectorielles et l’application de la loi est également indispensable.

Au Cameroun, il est important qu’une plus grande vulgarisation du processus CDN et de ses liens avec FLEGT, REDD+, AFR100 soit faite. Ceci favoriserait la compréhension des différents processus, des complémentarités entre eux, des opportunités de synergies et, nous pensons, faciliterait un meilleur engagement des acteurs pour la coordination.

Il est également urgent que les partenaires à la coopération technique et financière dans leurs programmes et soutiens aux pays tropicaux fassent montre d’une volonté politique à mettre en synergie les différents processus et initiatives en lien avec les forêts et transfèrent aux Etats et autres parties prenantes les compétences pour y parvenir.

De même, les organisations de la société civile et les communautés locales et autochtones des pays tropicaux ont un rôle déterminant dans la réalisation de l’action climatique au niveau national et mondial. Il est par conséquent prioritaire de les associer véritablement dès les réflexions liminaires sur les processus et les phases de conception et de mise en œuvre afin qu’ils y adhèrent mais aussi que les attentes et intérêts de l’ensemble des parties prenantes soient pris en compte.

Par Laurence WETE SOH

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